Promenons nous : parmi les maraîchers de Anlong

A moins d’une heure de route de Chengdu, la grisaille monotone de la cité urbaine recule, laissant apparaître les premiers signes de la vie rurale noyés dans une brume de chaleur.

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Promenons nous : parmi les maraîchers de Anlong

Paru le : 14 septembre 2011
A moins d’une heure de route de Chengdu, la grisaille monotone de la cité urbaine recule, laissant apparaître les premiers signes de la vie rurale noyés dans une brume de chaleur.

Bientôt une étroite route de campagne, très peu fréquentée, épouse les courbes d’une rivière. Cette dernière forme à un moment donné un immense coude au creux duquel se niche le hameau de Anlong. Ses berges ombragées offrent aux promeneurs une escapade parfaite pour changer d’air au sens propre comme au sens figuré, tandis que le grondement de ses flots boueux, gonflés par un récent lâcher d’eau du barrage situé en amont, couvre le piaillement des oiseaux chassant des papillons multicolores.

Plus loin, près d’une grande étendue d’eau, une famille s’active autour d’une bétonnière. Tandis que la femme nourrit le ventre affamé de la machine de pelletés énergiques, un jeune garçon transporte cahin-caha un seau rempli de ciment jusqu’à un adulte accroupi sur une planche en équilibre au dessus du vide. Dans la fosse, un autre homme, d’un âge plus avancé, réceptionne le seau descendu à l’aide d’une corde et entreprend de cimenter des briquettes rouges le long de la paroi. Heureusement grand père connaît les techniques traditionnelles de construction ! Bientôt un nouveau moulin à grains s’élèvera près des ruines de l’ancien.

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A proximité quelques fermes maraîchères exhibent leurs cultures variées. Dans un fondu de vert, fruits, plantes diverses et légumes s’entremêlent dans un désordre organisé. Aubergines, tomates, concombres, maïs, citrouilles, tournesol, fèves grimpantes et bien d’autres encore, côtoient et protègent de leur ombre bienfaisante des plants de thym, de menthe ou de citronnelle qui en retour exhalent leurs puissants arômes pour éloigner les insectes indésirables.

Loin de l’urbanisation fulgurante, ce havre de verdure ordonnée et structurée offre une bouffée d’air pur et de sérénité. De plus en plus de citadins cèdent à l’appel des sirènes « bio » et effectuent dans le coin des sorties dominicales en famille. Quelques uns sont même allés plus loin dans leur démarche et ont loué des parcelles de terrain pour y cultiver leur propre potager. Une main sur une tige de bambou en équilibre sur l’épaule, un seau d’eau pendu à chaque extrémité, l’autre main tenant une calebasse évidée et les voilà en route pour leur petit lopin de terre qu’ils bichonnent affectueusement. Joie et fierté envahissent les regards de ces jardiniers en herbe ramassant le fruit de leur travail arrivé à maturation. Petits et grands apprécient ces activités agricoles, quelquefois ludiques mais toujours très instructives.

Certaines fermes proposent aussi le gite et le couvert. Rien de tel pour reprendre des forces qu’un déjeuner végétarien dont les nombreux plats étonnent par leurs savantes compositions et leurs saveurs indiscutables. Le tout sera arrosé d’une tasse de thé vert parfumé ou d’une gouteuse infusion de menthe et de citronnelle fraichement cueillies.

Quelques bassines inviteront ensuite les convives à nettoyer leurs couverts avec du son de riz avant de les rincer soigneusement.

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Les eaux de vaisselle iront rejoindre les bassins en terrasses du système de purification des eaux usées. L’utilisation de végétaux pour épurer l’eau n’est pas un concept nouveau puisqu’il y a 3000 ans les hommes utilisaient déjà les capacités épuratoires des plantes. Quant aux résidus de table, ils prendront le chemin du bac à compost où s’entassent déjà feuilles végétales et autres déchets ménagers.

Ici rien ne se perd tout se transforme. Il n’y a pas de benne à ordures devant les maisons. D’ailleurs les gens de passage sont invités à remporter chez eux les détritus non biodégradables qu’ils auront amenés avec eux. Même les toilettes sèches ont leur utilité. Après un temps certain de fermentation, les émanations de gaz iront alimenter les bruleurs des cuisinières ou serviront à chauffer l’eau de la maisonnée, tandis que les boues sèches pourront être utilisées comme engrais de base. On est encore loin de l’autarcie mais on s’en rapproche.

A contre courant de la gigantesque vague d’urbanisation, les habitants de Anlong font de la résistance. Ils ont choisi la vie à la ferme. Une vie faite de dur labeur certes mais pas ingrate. Une vie en harmonie avec la nature où ils puisent force et équilibre et où ils ont trouvé un vrai bonheur.

Article rédigé par Mme Sylvia Fossé.

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