Promenons nous : dans la nature, loin des sentiers battus …

6 heures, la maisonnée s’éveille. Les pas sont encore ankylosés. Le café fume. Après une toilette revigorante, au tour du sac à dos.

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Promenons nous : dans la nature, loin des sentiers battus …

Paru le : 22 juillet 2011
6 heures, la maisonnée s’éveille. Les pas sont encore ankylosés. Le café fume. Après une toilette revigorante, au tour du sac à dos.
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La petite trousse de nécessaire est vite engloutie. Une couverture de survie ? Pas la peine, ce n’est pas une sortie en solo. Par contre casquette, parapluie et eau sont de rigueur. La paire de godillots étanches aussi d’ailleurs. Il est temps de se rendre au point de rendez vous.

Les uns après les autres, ils arrivent. Le bus accueille dans son obscurité incertaine ces passagers d’un jour. On s’observe, on se salue. Chouette, un visage connu. On se sourie, on s’embrasse. On dissimule un bâillement sous une grimasse enjouée. Le moteur au démarrage souffreteux se décide finalement à ronronner. L’embrayage craque. Nous prenons notre place dans le trafic.

Tandis que certains finissent leur nuit, d’autres la commencent. D’autres encore chuchotent, poursuivant leur conversation. Délicatesse bien inutile ! Bientôt le chauffeur du car informe les autres usagers de puissants coups de klaxon répétés que son engin est plus gros, plus grand et qu’ils ont donc intérêt à s’écarter. Ça y est, nous traçons. C’est parti pour 2 heures de route.

A l’approche d’un carrefour, un « sanlunche » électrique se fraye en silence un chemin entre une Audi et une Porsche Cayenne qui s’écartent de bonne grâce. Il est suivi de près par un vélo qui profite de l’aubaine et qui transporte un monceau de cartons de récupération. Aplatis, ficelés, ils s’élèvent dans un équilibre discutable au-delà de la tête du pédaleur. Archaïque mais efficace. Un plus pour l’environnement.

La ville n’en finit pas de s’étaler. Partout des champs de grues dont les silhouettes jaune sale ou ocre orangé s’élèvent dans le jour blafard de ce samedi matin un peu tristounet. Les bâtiments en construction se répandent comme une marée, dévorant gloutonnement les quelques espaces de verdure en résistance.

Un premier panneau marron, où l’œil peu exercé aux « hanzi » ne repère que le signe « yuan », apparait. Il est bientôt suivi d’un second, d’un troisième et puis encore un autre et un autre encore. C’est une avenue de pépinières qui défile jusqu’à l’infini semble t-il. Des arbres aux racines emmaillotées attendent sur le bord de la chaussée qu’un client vienne les délivrer. Pourtant peu à peu une nature plus sauvage semble reprendre ses droits même si son feuillage tend plutôt vers le gris souris que le vert lustré tant espéré.

Croisement en vue. Planté au milieu de nulle part, un feu passe au rouge. A son pied un autochtone a monté sa tente de fortune, proposant aux automobilistes de passage un assortiment de viandes suspendues. Qui voudra de ce lard fumé aux oxydes de carbone ?

Dans le ciel une menace se précise. Au loin le sommet d’une montagne se découpe sur un fond sombre. La route brille comme un miroir. Cela n’augure rien de bon. Très bientôt de grosses gouttes s’écrasent sur le pare brise. Bambous et bananiers accueillent avec reconnaissance cette douche salvatrice, lavant leur faîte de toute impureté. La nature devient plus luxuriante. Sur les collines alentours, nappées de brouillard, une forêt ombrophile s’étale avec plénitude.

Délaissant sur sa droite l’entrée touristique du mont Qing Cheng, le bus commence sa lente montée. Toute en virages, cette route étroite laisse difficilement passer deux véhicules de front. Quelques trouées latérales permettent d’apercevoir un versant béant de cicatrices sanglantes où des maisons à flanc de colline commencent à pousser comme des champignons. Vue plongeante et inexpugnable sur une vallée encore préservée, mais pour combien de temps ?

A un détour, un raide sentier cimenté se présente. Tout le monde descend. Une petite grimpette à pied s’impose jusqu’aux champs de théiers avant que chacun ne s’égaille dans les rangées avec son petit sac plastique qui servira à contenir les jeunes pousses. Seules les 3 premières feuilles vert tendre de l’extrémité des branches seront pincées et recueillies.

La terre détrempée s’accroche aux chaussures. Très vite les bas de pantalons sont crottés. Les quelques bambins présents s’en donnent à cœur joie. Les paris vont bon train. Lequel d’entre eux fera une glissade irrattrapable ? Ce sera le petit poucet. Le voila qui dérape sur les fesses et qui se retrouve une jambe dans le fossé en équilibre instable. Des rires éclatent. Heureusement plus de peur que de mal.

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Après une récolte plutôt parcimonieuse, mais suffisante, direction le gite où un repas attend les cueilleurs. Aubergines, courgettes, choux, riz et sauté de porc sont vite engloutis. Le bon air ça creuse ! Pendant ce temps, les feuilles de thé sont transportées à l’étage. Là, une cuisinière à bois attend de monter à la bonne température. De son flanc dépassent des bûches enflammées laissant échapper une haleine enfumée qui monte jusqu’au plafond lécher quelques morceaux de lard complètement boucané.

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Avec dextérité la maitresse des lieux manie ses baguettes, aérant les feuilles de thé mises à chauffer dans une sorte de wok intégré. Le séchage évite qu’elles ne fermentent. Puis il faudra les rouler. Les mains volontaires ne manquent pas. Rires et commentaires fusent. La bonne humeur règne. Le processus devra être recommencé à plusieurs reprises jusqu’à se retrouver avec des feuilles parfaitement séchées et roulées, prêtes pour la dégustation à venir.

Sur la terrasse avec vue sur la vallée où le soleil s’est finalement invité, des tables de mah-jong s’exposent. Bientôt le cliquetis des dominos se mêle aux conversations qui vont bon train. Ailleurs les cartes de jeu sont de sortie. Une bataille stratégique s’engage entre les grands tandis que dans la cour fusent quelques cris furibonds. Quelqu’un a pris les craies de couleur et ne veut pas les rendre. C’est le drame, vite résolu cependant.

17 heures, il est temps de quitter ce refuge douillet. Personne ne fait mine de bouger. Difficile de quitter cette ambiance agréable. A petits pas, pas pressés, chacun rejoint finalement son carrosse stationné sur le bas côté. Quelques échanges d’adresse mail de dernière minute. Quelques saluts amicaux et la promesse de se revoir très bientôt …

Article rédigé par Mme Sylvia Fossé

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